➢ Environnement et politique
Aujourd’hui, l’environnement apparaît comme pleinement intégré à la vie publique : il a sa place dans tous les programmes politiques, les collectivités territoriales sont très actives dans ce domaine (tri des déchets…) et les institutions spécialisées se multiplient. La communication sur l’environnement et le développement durable par les acteurs politiques est cependant assez récente. La prise de conscience des enjeux écologiques est beaucoup plus ancienne, mais bénéficie d’un fort regain d’attention en ce moment et les acteurs politiques sont les nouvelles figures de ce débat. Ils y sont même de plus en plus impliqués. Pourtant, l’environnement n’est pas un thème à proprement parler politique, puisque la politique s’intéresse à la gestion de la vie en société. Elle est bien plus tournée vers la « culture » que vers la « nature ». Comment le politique en est-il venu à se préoccuper de l’environnement et à vouloir être acteur des changements à venir ?
L’environnement est alors défini comme un ensemble de caractéristiques physiques, chimiques et biologiques des écosystèmes modifiés par l’action de l’homme. S’intéresser à l’environnement, c’est étudier l’impact des activités humaines sur les plantes, les animaux et l’homme à l’échelle de l’individu, de l’écosystème ou même de toute la biosphère. Il s’agit donc de créer un savoir environnemental. En cela, l’environnement dépasse le cadre de la science et de l’écologie, c’est la science de l’environnement qui aborde des problèmes politiques.
L’environnement est introduit en politique parce que l’homme est lié à son milieu, et que l’état de ce milieu devient de plus en plus préoccupant. Seulement avant que les écologistes ne prennent la parole pour montrer que nous étions en train de détruire notre écosystème, la politique ne s’en préoccupait pas, excepté pour le diviser en « propriétés ». Depuis bien des choses ont changé et aujourd’hui, le politique voit l’intérêt qu’il y a à préserver l’environnement, pour les générations futures et pour perpétuer le genre humain.
L’écologie signifiait à la base la science qui se préoccupait de la nature et de l’effet que l’homme avait dessus. Aujourd’hui on appelle ces scientifiques des écologues ou des environnementalistes car le terme « écologie » a dévié et signifie dorénavant un militant politique. Bertrand de Jouvel est celui qui le premier a parlé de l’écologie politique pour montrer le lien étroit qui réunissait ces deux sciences, de la nature et de l’homme et le besoin de fonder cette écologie politique sur une éthique de l’environnement. Ce que nous faisons de la nature a de l’importance, que nous soyons une part de la nature ou que nous soyons au-dessus d’elle.
L’écologie apparaît donc comme une prise de conscience des enjeux environnementaux ; et elle s’est intégrée aujourd’hui à l’espace public. En effet, les enjeux environnementaux suscitent de nombreux débats et remplissent l’espace de discours car on vulgarise et on sort du champ scientifique qui caractérisait au début l’écologie, pour s’ouvrir vers les organisations et acteurs sociopolitiques.
La réflexion de Hans Jonas a montré la nécessité d’agir sur le plan politique dans un contexte d’incertitude scientifique et de risque potentiel pour la pérennité de l’espèce humaine. Les préoccupations environnementales ont une dimension politique du fait qu’elles ont une relation particulière au savoir, et qu’elles établissent un rapprochement entre l’environnement et les sociétés humaines. La réflexion sur l’organisation de la société doit alors être un prémisse à la préservation de l’environnement.
➢ Objet de l’étude
Nous voulions nous intéresser à ce rapport entre le politique et l’environnement quie est nettement mis en avant aujourd’hui. Le but de ce travail est d’étudier la place de l’environnement en politique aujourd’hui, de comprendre comment on aborde ce thème, comment on l’introduit dans un discours politique, comment on communique sur l’environnement en politique. Nous voulions donc étudier ce thème parce qu’il s’agit d’un sujet des plus actuels, avec des implications éthiques. Il ne s’agit pas simplement d’un thème d’opinion publique, mais au-delà de cet aspect, c’est un thème qui doit engendrer des décisions concrètes mettant en jeu la conception que chacun de nous peut avoir de la nature et de l’homme dans le monde contemporain.
Or ce thème s’il est fédérateur, est source de malentendus car il ne fait pas toujours référence au même sens de l’environnement dans les différents discours. Notre questionnement naît d’un paradoxe : la communication sur l’environnement pourrait être spécifique puisqu’elle aborde des actions concrètes, dont chacun perçoit l’utilité de manière objective car découlant de valeurs universelles ; au contraire il semble y avoir une pluralité de discours issus du politique en matière de développement durable. Les préoccupations environnementales semblent répondent à un polythéisme des valeurs éthiques ou être instrumentalisées par le politique. Cela signifie que dans nos sociétés contemporaines se superposent différentes façon de considérer l’environnement, son rapport à l’homme et ce qu’il nous est permis de faire aujourd’hui.
L’éthique de la responsabilité est un concept de plus en plus utilisé notamment en politique, afin de montrer la prise de conscience des impératifs environnementaux par les dirigeants politiques. En effet, l’éthique est « à la mode en politique ». Il est important de se montrer « humain » et plus seulement dans une logique de profit.
Nous avons choisis à partir de ces observations de prendre en compte les discours politiques actuels pour voir quelle éthique gouverne notre rapport à notre environnement.
L’étude de la communication environnementale à travers des discours de politique environnementale permettra donc de définir les représentations sociales de l’environnement créées par les locuteurs étudiés. Pour cela, nous nous attacherons à étudier le discours de deux entités différentes : le discours politique sur l’environnement de Nicolas Sarkozy et le discours environnemental sur la politique de Nicolas Hulot, en tant que leurs deux discours se croisent dans leurs thématiques : l’un originairement politique et l’autre originairement environnementaliste. Ces deux personnalités ont mêlé discours politique et discours environnemental pour des raisons précises : il s’agissait de faire passer leur message à la population.
Il s’agit alors d’étudier les discours de politique environnementale de ces deux entités afin de voir comment se lient politique et environnement, quel type de communication politique sur l’environnement émerge grâce à elles et quel en est le sens. Nous allons ainsi tenter de comprendre pourquoi il n’y a pas de consensus sur la politique environnementale.
➢ Méthodologie
La méthodologie utilisée sera donc celle de l’analyse du discours. Ce type d’analyse s’intéresse à la forme du message médiatique, politique, public, gouvernemental, organisationnel etc… en rapport avec le lieu social de production (contexte historique et sociologique, par exemple). Il s’agit d’une démarche fondée sur la linguistique mais qui fait le lien entre le discours et le social ; entre le verbe et l’institutionnel ; entre les mots, les figures, les arguments et ceux qui les énoncent, dans leur dimension aussi bien individuelle que collective. L’analyse de discours permet donc une analyse à partir de différentes sciences humaines : la linguistique en tant que créatrice de l’analyse de discours, mais aussi l’histoire, la sociologie, la psychologie, la philosophie et la communication.
Cette méthode nous permettra de comprendre comment sont construits ces discours, quelles sont les représentations sociales qui y sont inscrites et à quelles valeurs ils font référence.
Le discours relève de la parole en tant que constituant un usage spécifique de la langue dans une situation donnée par des énonciateurs précis. Le discours correspond à tout énoncé linguistique, oral ou écrit, privé ou public, formel ou informel, accompagné ou non d’images, de photos, de gestes non langagiers, émis en un moment et en un lieu donné, par des personnes identifiées. Dominique Maingueneau propose une définition du discours comme un énoncé qui est regardé dans sa dimension interactive, son pouvoir d’action sur autrui et son inscription dans une situation d’énonciation.
Selon Simone Bonnafous , l’analyse de discours permet de comprendre les logiques d’acteurs. L’analyse de discours est utilisée pour faire émerger au sein d’énoncés linguistiques, écrits ou oraux, textes, discours ou récits, des éléments de compréhension non perceptible par une simple lecture. La plupart des disciplines en sciences humaines sont amenées à faire des analyses de discours, selon différentes méthodes en fonction du but recherché. En général, les résultats obtenus sont mis en rapport avec les autres disciplines : (histoire, politique, philosophie, sociologie…) qui sont mobilisées pour l’interprétation des résultats. L’analyse de discours s’inscrit donc forcément dans l’interdisciplinarité.
Nous considèrerons donc des discours en tant qu’ils sont des énoncés produits par des énonciateurs identifiés. Il s’agit d’étudier l’énoncé en tant que produit en un lieu et un temps donné. Le cadre de l’énonciation pèse donc aussi sur l’étude de l’énoncé lui-même. Le discours ne constitue pas un objet d’étude homogène. Il est au contraire marqué par une grande complexité du fait même de la prise en compte qu’il suppose à la fois de l’énonciateur, du destinataire, mais aussi de la situation d’énonciation. Il est indispensable à l’analyse d’un discours de savoir prendre en compte son intertextualité. Cela signifie qu’il doit être mis en relation avec d’autres textes. L’intertextualité permet de voir s’il y a des relations d’influence entre les textes. On peut chercher entre des textes des rapports d’imitation, d’opposition de rejet, de redite, de complémentarité, d’explicitation, …
➢ L’analyse de discours en sciences sociales
Commençons donc par présenter un rapide « tour d’horizon » des courants de recherche sur cette discipline. L’analyse de discours est très récente dans le domaine des sciences de la communication. A la croisée de plusieurs disciplines, elle intègre tant la sociologie, que la philosophie, la linguistique ou l’histoire. Les bases théoriques de l’analyse de discours sont donc multiples et très riches. Nous allons remettre ici en perspective les principales recherches qui ont été menées sur ce sujet pour montrer l’état d’avancement des recherches en sciences sociales et déterminer l’approche que nous utiliserons pour l’étude réalisée dans ce mémoire.
Comprendre les théories de l’analyse de discours suppose avant tout de tenter de donner une définition précise de la notion de discours. Nous pourrons alors montrer l’intérêt de ces outils à notre travail de recherche.
Malgré la grande diversité des approches d’analyse de discours, et le flou qui peut exister autour de la notion même de discours, une définition unique de cet objet d’étude tente d’émerger, notamment avec la définition de Grawitz : « Considérer la structure d’un texte en le rapportant à ses conditions de production, c’est l’envisager comme discours. » Certaines approchent veulent mettre en avant la place du sujet parlant dans son discours. Guespin définit le discours dans ces termes : « le discours, c’est l’énoncé considéré du point de vue du mécanisme discursif qui le conditionne. » Un discours est donc un énoncé produit à partir d’une position sociale ou idéologique ; c’est le cas du discours politique. En effet, Jean Michel Adam écrit en 1989 qu’ « un discours est un énoncé caractérisable certes par des propriétés textuelles, mais surtout comme un acte de discours accompli dans une situation (participants, institutions, lieu, temps) ». En 1985, Fuchs élargit la définition en regroupant texte et discours sous la définition d’ « objet concret, produit dans une situation déterminée sous l’effet d’un réseau complexe de déterminations extralinguistiques (sociales, idéologiques) ».
Dans le champ de la linguistique, le terme de « discours » est largement polysémique et les techniques de l’analyse de discours se sont de plus en plus approfondies. L’analyse de discours ne consiste plus dès lors à analyser ce que dit le texte, mais comment il le dit.
Le discours contribue à produire la société. Il rempli 3 fonctions qui visent à l’accomplissement d’actes sociaux : la fonction propositionnelle (ce que disent les mots), la fonction illocutoire (ce que l’on fait par les mots et qui instaure une relation avec le destinataire : demander quelque chose), et la fonction perlocutoire (ce que l’on vise, effet souhaité des mots sur les interlocuteurs). L’analyse de discours cherche à étudier des conduites communicatives et ce qui se passe entre celui qui parle et celui qui écoute. En d’autres termes, Dominique Maingueneau explique que « tout discours peut-être défini comme un ensemble de stratégies d’un sujet dont le produit sera une construction caractérisée par des acteurs, des objets, des propriétés, des événements sur lesquels il s’opère » .
Revenons maintenant quelques instants sur l’évolution des recherches en sciences sociales et sur les différentes approches de l’analyse de discours auxquelles elles ont mené.
L’approche énonciative étudie les conditions de production du discours en s’appuyant sur la théorie de l’énonciation d’Emile Benveniste. Il s’agit d’étudier les embrayeurs qui relient l’énoncé à l’instance qui l’énonce : les pronoms personnels, les déterminants et les formes temporelles du discours. En 1986, G. Kleiber précise qu’il faut prendre en compte « également l’objet résidant dans la situation d’énonciation » . L’objet est ce qui est inscrit dans la « mémoire discursive » de l’énonciateur ; il comprend les savoirs partagés entre l’émetteur et le récepteur (connaissances encyclopédiques ou mémoire collective par exemple). Cette approche donne une grande importance à la situation de l’énonciation. Elle prend en compte les relations intersubjectives et montre que deux des fonctions du langage de Jakobson sont inhérentes au discours : la fonction émotive et la fonction conative (orientation du discours vers l’interlocuteur). La situation d’énonciation permet de déterminer les points d’ancrage du discours.
L’approche communicationnelle de l’analyse du discours cherche à déterminer l’intention qui s’y exprime. En fonction de la situation d’énonciation, l’information donnée peut avoir différentes fonctions qu’il faut mettre au jour. C’est Jakobson qui est à l’origine de cette approche mettant en avant le fonctionnement de la communication linguistique. Il associe six fonctions de communication aux actes de communication : référentielle, émotive, conative, phatique, poétique et métalinguistique. Ces différentes fonctions peuvent se superposer dans un discours et enrichir son contenu communicationnel.
L’approche conversationnelle a émergé à la suite de la sociolinguistique. Développée surtout par Goffman et Chomsky, elle étudie l’interaction entre les locuteurs. Cette approche nous intéresse moins dans le cadre de notre étude du discours politique puisque nous n’aborderons pas l’interaction de l’énonciateur avec le public. Ce qu’il faut garder de cette approche est l’intérêt qu’elle porte à la conception du discours comme « négociation ».
Michael Bakhtine, dans son ouvragé paru en 1929, fait évoluer encore l’intérêt de l’interaction dans le discours : « parler, c’est communiquer, et communiquer, c’est interagir ». Il met en avant l’idée que tout discours existe toujours par rapport au discours d’autrui, faisant ainsi jaillir la notion d’ « intertextualité ». La théorie de Bakhtine met en avant la polyphonie du discours. « Le locuteur montre les discours des autres tout en délimitant leur place dans son propre discours ».
L’approche sociolinguistique a encore fait évoluer le champ de l’analyse du discours. Il s’agit de « découvrir les liens entre la perception des signes de surface et l’interprétation » selon la théorie de Gumprez en 1989. Il pense qu’il faut « focaliser son attention sur l’étude de l’interaction, la manière dont se joue la compréhension » dans un contexte langagier précis.
Labov met en avant une approche « variationniste » de l’analyse de discours. Pour lui il faut aller étudier le langage comme activité socialement localisée directement sur le terrain. Mais c’est surtout Bourdieu qui fait évoluer cette approche en montrant l’importance des rituels sociaux. Tout ce qui est en jeu dans un discours ne vise selon lui qu’à rappeler l’autorité de son auteur. Le style du discours met en avant une personnalité et cherche à affirmer sa crédibilité. « Toute la théorie de Bourdieu se résume à la capacité sociale de l’homme politique d’utiliser adéquatement ses talents oratoires, de les adapter à une situation déterminée.
L’école Française de l’analyse de discours émerge dans les années 60. Michel Foucault, dans Archéologie du savoir , s’interroge sur les rapports entre pratiques discursives et pratiques sociales. Cette approche s’intéresse de près à l’analyse du discours politique. La parole de l’homme politique donne lieu à une étude de la communication politique d’un point de vue sociologique ou linguistique. Analyser un discours politique, c’est aborder le problème du sens et de la signification du contexte situationnel et du sujet parlant. Pour cela, l’école Française utilise différentes approches : lexicale tout d’abord, qui étudie le vocabulaire utilisé. Dominique Maingueneau donne une idée d’ensemble des différents travaux de l’analyse du discours politique. Ensuite l’approche syntaxique s’intéresse à la construction du discours et à sa cohérence d’ensemble. Ce sont ces approches que nous privilégierons pour notre analyse de discours politique. L’analyse automatique du discours est une méthode informatique assez prisée aujourd’hui.
L’approche pragmatique « étudie l’utilisation du langage dans le discours et les marques spécifiques qui, dans le langage, attestent sa vocation discursive ». (Diller et Récanati, 1979) Il s’agit de considérer le discours comme à la fois discursif et social. Il cherche à accomplir des actes, à faire émerger un contexte dans lequel l’énonciateur réalise une performance. Austin a beaucoup apporté à cette approche avec son concept de « langage performatif ».
Ce bref parcours des approches en analyse de discours nous a permis de jeter les bases théoriques qui nous serviront de base de travail pour nos réflexions sur le discours politique traitant du thème de l’environnement.
➢ Problématique
La problématique serait donc de voir quel est le sens sous-jacent de chacun des deux discours politiques que nous souhaitons étudie et qui s’enracinent dans des domaines différents mais parlent tous aujourd’hui de leurs préoccupations environnementales.
Comment se définit la politique de l’environnement ? Comment se construisent les préoccupations politiques pour les environnementalistes ? A travers quelles représentations ? Au sein de quels discours ? Quelle forme discursive est utilisée ? Vers quel public se tournent ces discours ? Dans quels lieux et sur quels sujets précis ? Comment sont-ils élaborés ? Que signifient-ils pour ceux qui les énoncent et pour la société où elles sont énoncées ? Dans quelle mesure président-ils à la réalisation d’action concrètes et effectives ?
La communication sur les impératifs de l’environnement et sur les décisions politiques à prendre est-elle une fin en soi, un but éthique visant un changement des comportements ou n’est-ce qu’un discours politique qui répondrait uniquement aux définitions du discours politique ? L’analyse des deux discours montrera s’ils forment un type de discours nouveau et spécifique au discours de politique environnementale ou s’ils restent chacun attachés à leurs prérogatives initiales. Que cherche à susciter cette communication chez sa cible ? Et quels sont les éléments de discours utilisés pour réaliser cette fin ?
Cette étude réfléchira donc à la possibilité d’une politique environnementale concrète. La problématique sera alors de comprendre comment les préoccupations environnementales sont construites au sein de discours politiques produits par des entités différentes, à quelles représentations sociales et à quelles conceptions éthique elles sont associées en fonction de leurs finalités respectives.
➢ Hypothèses
Nous proposerons deux hypothèses que le mémoire tentera de vérifier par la suite.
Première hypothèse : les motivations qui portent les discours sur l’environnement sont différentes, elles sont issues de rationalités différentes : l’une porte sur des valeurs (la rationalité des environnementalistes), l’autre sur des finalités (la rationalité politique). L’étude de ces deux discours montrerait donc que le sens donné à l’environnement n’est pas le même non plus. L’un serait purement un discours reposant sur des valeurs éthiques en vue du respect de l’environnement ; l’autre serait un discours avec une finalité politique instrumentalisant l’environnement, c’est-à-dire intégrant l’éthique a posteriori dans son discours.
Deuxième hypothèse : les préoccupations environnementales en politique se construisent au sein d’un type de discours spécifique : le discours d’écologie politique qui devrait être consensuel. Cela signifie que le discours politique est aussi susceptible de construire l’environnement, de construire une représentation sociale de l’environnement et de mobiliser l’opinion publique autour de cette conception, résultant d’une hybridation avec le discours environnemental.
➢ Ouvrages de référence
Deux ouvrages m’ont principalement aidée dans mes recherches et la compréhension des problématiques couvrant mon étude. Il s’agit d’abord de la thèse de doctorat d’une ancienne élève du Celsa, Béatrice Jalenques-Vigouroux dont le mémoire s’intitule : « Dire l’environnement, le métarécit environnemental en question ». Ensuite je me suis beaucoup aidée de l’ouvrage de Patrick Charaudeau, Le discours politique, les masques du pouvoir.
Le premier m’a permis d’observer les façons de traiter des questions environnementales dans un mémoire et de voir quels champs de recherche s’ouvrent sur l’environnement. Il s’agissait pour l’auteur de comprendre comment se construisait la communication environnementale dans trois organisation : une entreprise, une institution et une association. Son corpus était très large et très diversifié et elle utilisait plusieurs méthodologies ce qui m’a permis de bien comprendre la méthodologie et les différents enjeux concernant mon thème. Les conclusions qu’elle a pu tirer grâce à l’analyse des thèmes et lexiques m’a paru très pertinente et très adaptée à l’analyse du discours politique.
Mais c’est grâce à l’ouvrage de Patrick Charaudeau que j’ai pu faire évoluer ma pensée. Si la thèse de Béatrice Jalenques-Vigouroux m’a beaucoup appris sur la façon de traiter de l’environnement en communication, je souhaitais étudier l’environnement dans le champ politique tout particulièrement. Le thème de l’ouvrage de Patrick Charaudeau couvrait donc tout particulièrement le terrain auquel je souhaitais m’intéresser : le langage dans le discours politique. Il m’a permis d’orienter ma pensée en considérant les spécificités et le cadre des discours politiques qui ont des stratégies discursives particulières en raison de leurs objectifs dans le champ social : le pouvoir. Il me fallait donc traiter des discours politiques en observant les jeux d’influence et de contrainte.
Ce qui m’a particulièrement plu dans cet ouvrage, c’est le lien que Patrick Charaudeau établit avec l’éthique du discours puisque je souhaitais mettre en exergue dans mon mémoire les liens éthiques qui devraient exister entre la politique et l’environnement.
➢ Plan
Le plan suivra alors la logique que nous avons présentée plus haut. Nous définirons plus avant l’objet de recherche, son cadre théorique, ainsi que la démarche associée : cette partie nous permettra de présenter les différents énonciateurs, de détailler le corpus choisi et de mettre en perspective la méthode d’analyse suivie. La deuxième partie sera ensuite consacrée à l’analyse proprement dite des discours de Nicolas Sarkozy et Nicolas Hulot et montrera quel est le contexte d’énonciation des discours, ce qu’ils disent et comment ils le disent. Nous mesurerons dans la troisième partie ce que contient chaque discours en terme de sens et déterminerons les valeurs qu’ils portent en prenant en compte les liens et les croisements qui peuvent exister entre ces deux discours puis nous montreront qu’ils influent l’un sur l’autre sans parvenir à produire un discours original et spécifique sur l’environnement.
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